La rue Ordener

Le premier hold-up de France

 


" C’est un matin d’hiver, le 21 décembre 1911.

Il est prés de 9 heures, rue Ordener. Un employé de banque, que l’on reconnait à son uniforme se dirige vers une succursale de la Société Générale,

où il doit déposer, comme chaque matin le contenu de ses lourdes sacoches. 

A quelques distance, une somptueuse limousine s’est garée le long du trottoir et de l’intérieur, dissimulé aux regards derrière les stores, un homme surveille la rue.

Cela fait plusieurs jours que ses complices et lui observent minutieusement les allées et venues de l’homme à la sacoche. Tout se passe selon les prévisions : deux des hommes descendent de la voiture et marchent droit sur l’employé, Ernest Caby, qu’accompagne un collègue, le guichetier Peemans.

Un première balle de revolver atteint Caby qui s’écroule ; son agresseur lui arrache l’un des sacs, tandis que le blesse s’accroche désespérément à l’autre.  Un nouveau coup de feu supprime toute résistance.  Peemans a réussi à s’enfuir et les voisins alertés par les cris, tentant d’intervenir, les agresseurs couvrent leur fuite à coups de revolver. Ils sautent dans la limousine qui démarre aussitôt, esquive les obstacles avec maestria et disparaît à toute allure sous les yeux des badauds épouvantés. 

 

On retrouvera sa voiture à Dieppe, vide, les occupants volatilisés. Le premier Hold-up automobile venait d’avoir lieu, en plein jour et au beau milieu d’un quartier populaire. 

Qui avait eu l’idée de ce coup ? Raymond Caillement, dit Raymond-la-Science, qui avait pris comme complices Jules Bonnot, un as de la mécanique, et Octave Garnier.

Dans ses mémoires, Caillemin racontera ainsi la mise au point de leur hold-up :

… « Pendant ces derniers mois j’avais cherché un copain chauffeur mais vainement… Lorsque sur ces entrefaites, je fis la connaissance de Bonnot. Nous causâmes de projets, et, finalement, nous nous entendions ensemble… C’est ainsi que dans la nuit du 20 au 21 décembre nous parties cherche la voiture au garage… Nous étions en tout quatre copains… C’est alors que nous dédicaces de faire le garçon de banque, tache qui était pleine d’embuches comme on va le voir.. A huit heures et demie, je passais le volant à Bonnet et je prenais place à cote de lui et les deux autres se trouvaient dans la voiture, car c’était une magnifique limousine. Nous n’étions pas bien d’accord comment nous devions faire le coup, car c’était à 9 heures du matin, rue Ordonner, en pleine rue et dans ce quartier assez populeux. Enfin nous arrivâmes à 9 heures moins deux minutes à 200 mètres environ de l’endroit où l’encaisseur passait, car il venait de la rue de Provence, Bureau central de la Société Générale, et venait rue Ordener apporter de l’argent à une succursale. Quelques jours avant, j’étais venu faire le guet avec Bonnot, pour nous rendre compte de l’heure exacte et du chemin qu’il prenait. »

Caby, transporté à l’hôpital, reçut quelques temps après la visite d’un inspecteur de la Sûreté qui lui présenta une série de photographies parmi lesquelles se trouvait peut-être celle de son agresseur. L’opération fut un succès : Caby reconnut Garnier. Aussitôt la police se mit en branle, déployant ses forces dans les quartiers susceptibles d’abriter des « repaires ». Au cours de ces investigations, ils se saisirent sur la butte Montmartre, d’un homme qui ressemblait à Garnier. On le traîna au poste de la rue Tourlaque. Mais là, on reconnut la méprise: il s’agissait de Juan Gris… le peintre cubiste, qui eut quelque mal à recouvrer la liberté. 

 

Quant au hold-up de la rue Ordonner, il était le premier d’une série qui devait rendre célèbre « la bande à Bonnot », jetant l’effroi en maints endroits, car à chaque agression, il y avait des morts. La police déploya toute ses forces et tous ses stratagèmes pour venir à bout des « bandits tragiques » que la France entière avait appris à craindre. Quatre d’entre eux dont Bonnet, périrent, littéralement assiégés à Nogent-sur-Marne et Choisy-le-Roi. Les autres furent condamnés à mort ou au bagne à perpétuité.